Le premier vaccin contre la rage a été mis au point il y a plus de 100 ans et, depuis des décennies, nous bénéficions de vaccins efficaces pour les animaux et les êtres humains. Alors en quoi la Journée mondiale contre la rage est-elle malgré tout importante ?

Les vaccins antirabiques sont, en effet, extrêmement efficaces pour prévenir la contamination par cette maladie et sa propagation. Mais le vaccin seul ne suffit pas ; il faut également l'inoculer à bon escient — autrement dit, vacciner de façon à ce que l'action soit vraiment durable — et sensibiliser les populations aux risques et aux conséquences de la maladie La Journée mondiale contre la rage a été créée en 2007 par la Global Alliance for Rabies Control (GARC [Alliance mondiale contre la rage]) pour attirer l'attention sur la lutte contre la rage et sur les souffrances qu'elle entraîne dans le monde entier — et qui ne sont pas anodines.

Pas anodines, dites-vous ; mais à quel point ? Comment décririez-vous les répercussions de la rage à l'échelle mondiale ?

Pour être honnête, la rage est l'une des maladies les plus effrayantes qui soit. Elle s'attaque au système nerveux central des mammifères (y compris celui de l'Homme), infligeant de terribles symptômes, et l'issue est presque à 100 % fatale. Le virus, endémique dans plus de 150 pays, se propage facilement de l'animal (domestique ou sauvage) à l'Homme en cas de morsure ou de griffure. De nos jours, il continue à tuer environ 160 personnes par jour, dans le monde ; dont la moitié sont des enfants. Et n'oublions pas la menace permanente qu'il représente pour les animaux domestiques et le bétail du monde entier.

Ceci dit, il est possible de prévenir la rage à 100 % en utilisant judicieusement les vaccins. À l'échelle mondiale, les morsures de chien constituent la cause la plus courante de transmission de la rage à l'Homme ; cependant, le fait de vacciner, en gros, 70 % d'une population de chiens — et de conserver une immunité suffisante des troupeaux — permet de mettre fin à la transmission du virus; et donc à la menace qu'il représente pour l'Homme. D'autres types de programmes vaccinaux ciblent les animaux sauvages qui peuvent eux aussi faire partie de la chaîne de transmission. En tant que véritable initiative « One Health », la Journée mondiale contre la rage associe l'animal et l'Homme à l'échelle planétaire, et incite celui-ci à vacciner ses animaux domestiques ; elle permet essentiellement d'apprendre aux populations comment la maladie se propage et comment protéger les animaux et leurs propriétaires.

On dit parfois que la rage est une maladie « négligée » — qu'est-ce que cela signifie ?

Une maladie négligée est une maladie qui touche principalement les communautés défavorisées devant faire face à de nombreux défis en termes de ressources. C'est bien le cas de la rage — parmi les 59 000 personnes qui meurent de cette maladie chaque année, environ, la vaste majorité est issue des régions les plus pauvres d'Afrique et d'Asie. Mais ce chiffre est certainement inférieur à la réalité car on sait bien que les cas de rage sont sous-déclarés. Dans les zones les plus touchées, la vaccination des animaux domestiques n'est pas répandue et les gens ne sont pas toujours avertis des risques d'infection. En outre, dans les pays les plus pauvres, surtout dans les régions reculées, l'accès limité aux structures sanitaires implique que les personnes exposées au risque de rage ne peuvent, bien souvent, pas bénéficier à temps des soins médicaux pour éviter la maladie.

Alors quel est le meilleur moyen de lutter contre la propagation de la rage et d'éviter les pertes humaines ?

À l'échelle de la planète, la vaccination préventive des animaux — essentiellement les chiens — en contact avec les gens est, de loin, la façon la plus pratique et la plus rentable de préserver l'Homme de la rage. Bien des initiatives liées à la Journée mondiale de la rage impliquent que des instances gouvernementales, et/ou d'autres organisations, s'engagent à mettre en place des campagnes de vaccination des chiens, à grande échelle, dans les pays les plus touchés ; tout en informant dans le même temps les populations des risques encourus.

Mais, n'oubliez pas, la vaccination contre la rage ce n'est pas juste « ça c'est fait, on n'en parle plus ». Elle doit être répétée, année après année, pour garantir la protection des nouvelles générations d'animaux. La Journée mondiale de la rage nous rappelle, tous les ans, cette nécessité.

Qu'en-est il du reste du monde, là où les taux de rage sont beaucoup plus bas ?

Il est vrai que dans la plupart des pays industrialisés, la rage est bien contrôlée ; suite à des décennies de politiques de vaccination des animaux domestiques et d'efforts de gestion de la faune sauvage, les cas d'exposition d'êtres humains sont extrêmement rares. Mais il y a encore beaucoup à faire ! Ces taux sont synonymes de réussite, mais les efforts dont elle découle doivent être maintenus. Un bon programme de lutte contre la rage doit permettre d'anticiper, de devancer la maladie, et de maintenir la surveillance pour détecter toute reprise éventuelle, aussi tôt que possible.

La mondialisation est une réalité : les déplacements d'un pays à l'autre et les importations d'animaux (qu'elles soient légales ou non) impliquent que des cas de rage puissent apparaître même dans des pays soi-disant « à faibles risques ». Par ailleurs, la faune sauvage reste un problème : en effet, comme les zones urbanisées et habitées s'étendent, les espèces sauvages vivent plus près que jamais de l'Homme et des animaux domestiques. Nous ne devons donc pas baisser la garde face à cette maladie mortelle ; il faut continuer à informer le public des risques auxquels il peut être exposé, et rappeler aux propriétaires d'animaux domestiques que leurs vaccins doivent toujours être à jour.

Quel est le rôle de Merial en matière de lutte contre la rage?

La prévention de la rage constitue une part importante de notre héritage et reste une facette essentielle de l'identité de l'entreprise. Merial est le n° 1 mondial des vaccins antirabiques destinés aux animaux ; notre portefeuille couvre de nombreuses espèces, notamment : les chiens, les chats, le bétail, et des animaux sauvages. L'histoire de l'entreprise remonte aux origines de l'Institut biologique Mérieux, où a été mis au point le premier vaccin antirabique inactivé du monde, préparé sur culture cellulaire. Cette découverte a jeté les bases d'une organisation spécialisée dans la santé animale qui est devenue Merial près d'un siècle plus tard. Le fondateur de l'Institut, Marcel Mérieux, s'est formé aux côtés du grand virologue français Louis Pasteur, concepteur du tout premier vaccin antirabique — la Journée mondiale de la rage, qui tombe le 28 septembre, commémore la mort de Pasteur.

Nous sommes fiers d'utiliser le slogan « Joining Forces»(a) pour la Journée mondiale de la rage, car cela reflète parfaitement notre approche de cette lutte — un effort commun unissant de nombreux acteurs.

Joanne Maki, Santé Publique Vétérinaire - Merial

Mais, j'insiste, la lutte contre la rage ne se limite pas aux vaccins ! C'est pourquoi, depuis maintenant des décennies, Merial a établi des partenariats avec des instances sanitaires publiques, des agences sanitaires mondiales telles que l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), des communautés locales, et d'autres instances ; pour distribuer nos vaccins, proposer une expertise technique et stratégique, et soutenir les campagnes de sensibilisation. Nous sommes fiers d'utiliser le slogan « Tous unis » pour la Journée mondiale de la rage, car cela reflète parfaitement notre approche de cette lutte — un effort commun unissant de nombreux acteurs.

D'après vous, quelles ont été les principales réalisations liées à la Journée mondiale de la rage, au cours des 10 dernières années ? Et quels seront les grands défis à relever au cours des 10 prochaines ?

Le message de la Journée mondiale de la rage a vraiment bénéficié d'une portée mondiale — dès les premières années, la participation a dépassé de loin les prévisions. Je pense que la principale réalisation réside dans la façon dont cette initiative mondiale a permis aux gens de s'approprier la prévention de la rage à l'échelle locale. Les programmes les plus aboutis ne sont pas basés sur une structure pyramidale impliquant une unique campagne de vaccination. Bien au contraire ; ce sont plutôt des luttes profondes, liées à des communautés locales, qui se les sont appropriées et les ont perpétuées pour préserver durablement la santé et la sécurité des gens et de leurs animaux. Les efforts conjoints de multiples individus ont montré que l'approche « One Health » fonctionne.

La rage ne disparaît pas ; c'est le principal problème auquel nous allons être confrontés. Voilà des décennies que nous accumulons les victoires, mais notre lutte ne nous a jamais permis d'éradiquer totalement cette maladie. Nous nous en protègerons en nous engageant dans des programmes à long terme. La prévention de la rage doit rester une priorité ; mais il peut s'avérer ardu de lutter contre un sentiment de déjà vu concernant cette maladie. La rage ne bénéficie pas toujours de la même couverture médiatique et des mêmes ressources sanitaires que des pathologies émergentes, plus récentes. Mais il existe, de par le monde, des équipes de gens formidables qui continuent à faire vivre notre message ; et je suis certaine que, dans les années à venir, nous gagnerons encore d'autres batailles dans notre guerre contre la rage.

Découvrez les programmes locaux que Merial a choisi de soutenir dans le monde

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(a) « Joining Forces » : « Tous Unis »

Bibliographie

1. Organisation Mondiale de la Santé, 2015. Portail Rage.

2. Global Alliance for Rabies Control

3. Hampson K, Coudeville L, Lembo T, SamboM, Kieffer A, Attlan M, et al. (2015) Estimating the Global Burden of Endemic Canine Rabies. PloS Negl Trop Dis 9(4): e0003709. doi:10.1371/journal. pntd.0003709

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